Comment fixer ses tarifs quand on est solo (sans se brader)
La méthode en 3 variables pour trouver ton prix — et l'assumer.
C'est probablement la question la plus angoissante quand on se lance en solo : combien je facture ? Trop cher, tu perds le client. Pas assez, tu travailles pour rien. Et entre les deux, il y a un flou immense que la plupart des indépendants résolvent de la pire façon possible : en regardant ce que font les autres et en se mettant un peu en dessous.
Le résultat, c'est une armée de freelances talentueux qui facturent 300 €/jour alors qu'ils devraient être à 600 €. Et qui finissent par se dire que le freelancing, « c'est bien mais ça ne paie pas assez ».
Le problème n'est pas le marché. C'est la méthode.
Le biais du TJM salarié
La première erreur, c'est de partir de son ancien salaire pour calculer son tarif. L'ancienne formule dit : « prends ton salaire brut annuel, divise par 218 jours, et tu as ton TJM ». Si tu gagnais 45 000 € brut, ça donne environ 206 €/jour.
Le problème : ce calcul oublie tout ce qu'un employeur paie en plus de ton brut (charges patronales, mutuelle, bureau, matériel — environ 40-60 % en plus). Il oublie aussi que tu ne factureras pas 218 jours par an — entre le commercial, l'administratif, les congés et les creux, un freelance facture en moyenne 140 à 160 jours par an. Et il oublie que tu portes un risque que le salarié ne porte pas.
En partant du TJM salarié, tu te sous-évalues mécaniquement de 40 à 60 %.
Les 3 variables du bon pricing
Un tarif solide repose sur trois variables. Les trois doivent être prises en compte — pas une seule.
Variable 1 : Ton coût réel (le prix plancher). C'est le minimum en dessous duquel tu perds de l'argent. Additionne : ton salaire net souhaité, tes cotisations sociales (25,6 % en micro BNC, ou équivalent société), tes charges fixes (outils, assurance, comptable, coworking), et une marge de sécurité de 10-15 % pour les imprévus. Divise le tout par ton nombre de jours facturables réaliste (pas 218 — plutôt 140-160). Ce chiffre, c'est ton plancher absolu. Tu ne descends jamais en dessous.
Exemple concret : tu veux te dégager 3 500 € net par mois. Avec les cotisations et les charges, tu as besoin d'environ 65 000 € de CA annuel. Sur 150 jours facturés, ça donne un TJM plancher de 433 €. Pas 206 €.
Variable 2 : Le prix du marché (le contexte). Regarde ce que facturent les indépendants de ton niveau d'expérience dans ton domaine. Pas pour t'aligner — pour comprendre la fourchette. Un développeur senior à Paris facture entre 500 et 900 €/jour. Un consultant marketing entre 400 et 700 €. Un designer UX entre 350 et 650 €.
Ces fourchettes sont larges. Ton positionnement dans la fourchette dépend de ta spécialisation, de ta réputation et de ta cible. Un généraliste qui travaille avec des PME sera en bas de fourchette. Un spécialiste qui travaille avec des scale-ups sera en haut.
Variable 3 : La valeur perçue (le levier). C'est la variable la plus puissante et la plus sous-exploitée. Ce n'est pas ce que tu fais qui détermine ton prix — c'est l'impact de ce que tu fais pour le client. Un audit SEO qui prend 2 jours mais qui génère 50 000 € de CA supplémentaire pour le client vaut bien plus que 2 × 500 €.
Le passage à la tarification à la valeur est ce qui fait passer un freelance de 400 €/jour à 2 000 € le projet — pour le même travail.
Méthode pas à pas
Étape 1 : Calcule ton prix plancher avec la formule ci-dessus. Note-le. C'est ta ligne rouge.
Étape 2 : Identifie ta fourchette de marché en regardant 10-15 profils similaires au tien sur Malt, LinkedIn ou des communautés de freelances.
Étape 3 : Pour chaque type de mission que tu proposes, estime la valeur que tu crées pour le client. Un site web pour un e-commerce qui fait 20 000 €/mois de CA n'a pas la même valeur qu'un site vitrine pour une association.
Étape 4 : Positionne ton tarif entre le prix du marché et la valeur perçue. Si ton plancher est à 450 €, que le marché est à 500-700 € et que ta valeur client est de 5 000 €+, tu peux facturer confortablement 600-800 € sans te brader et sans être déconnecté.
Passer du temps au résultat
Le vrai levier de pricing pour un solopreneur, ce n'est pas d'augmenter son TJM — c'est de sortir du TJM. Tant que tu vends du temps, tu as un plafond de verre : il n'y a que 24 heures dans une journée.
Les solopreneurs qui gagnent le mieux sont ceux qui vendent des résultats packagés. « Audit de conversion + recommandations : 3 000 € » plutôt que « 5 jours à 600 € ». Le client sait exactement ce qu'il obtient, tu sais exactement ce que tu gagnes, et si tu deviens plus rapide avec l'expérience, ta marge augmente au lieu de stagner.